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Les mortiers hydrauliques

 

Selon la tradition, les Grecs - aux alentours du IVème siècle avant J.C. - découvrirent que certaines terres d'origine volcanique, mélangées à la chaux éteinte, formaient des mortiers qui pouvaient durcir même dans des conditions de forte humidité et aller jusqu'à résister à l'eau. Les Romains apportèrent leur pierre à l'édifice, en découvrant que les tufs napolitains, près de Pouzzoles, provoquaient une réaction hydraulique très efficace et appelèrent "Pouzzolane" le mortier composé de ce matériau.

 

Lorsqu'ils étendirent leur domination au-delà de l'Italie et qu'ils s'éloignèrent ainsi des carrières de pouzzolane, les Romains cherchèrent d'autres gisements et matériaux qui aient les mêmes caractéristiques. Dans les îles grecques, ils trouvèrent les tufs de Santorin et dans les régions syriennes, la pierre ponce; au nord, dans la partie centrale de l'Europe, ils utilisèrent les trass de la région du Rhin.  (Eiffel)

 

Enfin, les Romains découvrirent un autre mortier hydraulique en utilisant un mélange de chaux et de terre cuite triturée. Ce mortier, connu aujourd'hui sous le nom de "cocciopesto", permit aux Romains de s'affranchir des carrières naturelles et de fabriquer ces mortiers en n'importe quel lieu de leur Empire.

 

Avec les mortiers hydrauliques, les Romains créèrent une nouvelle technique de construction, celle du "béton romain": mélange de chaux, de pouzzolane, de cocciopesto et de pierraille coulée dans des coffrages en bois ou dans des structures cintrées. (aujourd'hui, certains citent souvent la "chaux romaine" mais cette expression est impropre; on parle en revanche de "béton romain" pour indiquer ce type de matériau aux spécialistes).

 

Il est très fréquent que les coupoles de l'époque classique soient en béton et que la pouzzolane y soit remplacée par de la pierre ponce plus légère ou que le béton soit armé au moyen de vases ou de briques creuses empilées, pour rendre la structure moins lourde.

 

Bien que Vitruve nous ait transmis les informations à leur sujet et qu'ils étaient encore connus au Moyen Age, ces matériaux et ces techniques disparurent jusqu'au 18ème siècle, car leurs composants hydrauliques étaient introuvables. Seul continuera l'utilisation de la brique creuse, dont le mélange sera souvent empirique et de qualité douteuse.

 

Bien souvent et cela déjà pendant et certainement après la période romaine, on peut constater de part les différentes utilisations et réalisations qu’il y avait une parfaite connaissance d’un liant hydraulique confectionné à partir de pierres calcaires marneuses. Ce produit est nommé aujourd’hui chaux hydraulique naturelle !

 

Les mortiers actuels

 

Avec la reconstruction qui a suivi la guerre, l'utilisation du ciment Portland dans le secteur de la construction se développe et remplace progressivement la chaux, qui, jusqu'à ce moment-là, avait constitué l'élément de base de la technique de construction. L'importance croissante prise par ce nouveau liant résume en soi toutes les qualités requises par un secteur, celui de la construction, qui se transforme d'activité artisanale en activité industrielle. A mesure que l'utilisation du ciment se développe et que ses caractéristiques essentielles répondent toujours plus à la nécessité de produire en grandes quantités et dans des délais plus courts, la capacité artisanale de composer et d'appliquer les produits traditionnels s'estompe, jusqu'à disparaître presque complètement.

 

Ce mécanisme entraîne un tel bouleversement des concepts qu'aujourd'hui on qualifie d'"enduit traditionnel" un mélange de ciment et de sable, dont la tradition n'est autre que le fruit de la frénésie de construction qui a suivi la dernière guerre.

 

Les préjudices causés par cet abus révèlent aujourd'hui toute leur gravité. La recherche de solutions alternatives donne de vagues réminiscences aux techniciens et leur rappelle la nécessité de travailler selon les recettes de jadis, en traduisant le tout selon une approche moderne et dans le respect des exigences qu'impose le travail sur un chantier industrialisé.

 

Heureusement, il existe encore aujourd'hui des îlots de véritable tradition et des documents suffisamment clairs, qui permettent de préparer une série de produits spécifiques destinés à combler l'écart entre la récupération de traditions anciennes et la perte de connaissance artisanale dans l'utilisation des produits naturels.

 

Comme l'affirme un architecte, grand admirateur de la véritable tradition artisanale, on trouve fréquemment sur les chantiers des "artisans vieux" et non de "vieux artisans", ce qui confirme bien ce que nous venons d'affirmer ci-dessus à propos du concept d'"enduit traditionnel".

  

La chaux hydraulique

 

Pline nous apprend que certaines roches bitumineuses, lorsqu'elles étaient soumises à une cuisson, se transformaient en chaux résistant à l'eau. Vitruve nous le confirme, en attribuant toutefois la caractéristique de ces "cailloux" au fait qu'ils sont mélangés à des tufs de pouzzolane.

 

Au Moyen Age également, certains calcaires impurs, provenant de carrières particulières, étaient utilisés pour produire des chaux qui devaient être éteintes au moment de leur utilisation parce qu'elles durcissaient rapidement et qu'elles faisaient prise sous l'eau.

 

Parmi les nombreux auteurs de traités de la Renaissance, Palladio mentionne ces caractéristiques à propos de certaines chaux provenant des "Colli Euganei". L'étude de la chaux hydraulique en tant que telle se réalise au cours de la seconde moitié du XVIIIème siècle, lorsqu'en cuisant certains calcaires argileux, dits "septarie", à environ 800°C, on obtiendra une chaux hydraulique appelée "ciment romain".

Au siècle dernier, Smeaton, Forst et Vicat produisent une chaux, dont ils définiront les caractéristiques, en cuisant des marnes: cette chaux sera appelée "chaux  hydraulique naturelle", pour la distinguer de celle qui sera produite, à partir de ce siècle, avec les sous-produits du ciment Portland. On appellera celle-ci la "chaux éminemment hydraulique", qui est cependant très différente de la chaux naturelle dans la mesure où elle se comporte chimiquement et physiquement comme le ciment Portland.

 

Enfin, avec le progrès des technologies, on a assisté à la commercialisation d'une chaux hydraulique "artificielle", produite par des mélanges de calcaire et d'argile avant la cuisson. On peut donc lui attribuer les mêmes caractéristiques que la chaux naturelle, même si les producteurs ne respectent pas toujours les procédés et tendent à effectuer les mélanges après la cuisson.

 

 

La chaux hydraulique naturelle

 

La chaux hydraulique naturelle est le produit de la cuisson de calcaires marneux entre 800° et 1000°C. A cette température, on observe la formation de silicates de calcium et d'aluminates et de ferroaluminates.

 

Cependant, la température ne libère pas d'autres sels et le comportement en phase de prise restera identique à celui de la chaux. Cela est important pour l'élasticité des mortiers et pour leur porosité, même s'ils se révèlent plus résistants que les mortiers de chaux aérienne et insensibles à l'humidité avant la carbonatation définitive.

 

La chaux hydraulique naturelle devient ainsi un substitut compatible de la chaux aérienne aussi bien dans la consolidation que dans la rénovation d'édifices historiques.

 

La prise rapide combat l'agressivité de l'atmosphère acide actuelle, tandis que la porosité empêche la formation de sels dans les vieux murs contaminés.

  

La chaux hydraulique San Romedio

 

La chaux hydraulique naturelle est produite dans les "Mines de San Romedio" depuis le siècle dernier. Cette fosse à chaux a été absorbée au cours des premières années du 20ème siècle par la société Tassullo S.p.a. et s'est développée sur le plan industriel pour atteindre, grâce aux structures technologiques du groupe, le niveau de qualité actuel.

 

Grâce aux équipements scientifiques dont le laboratoire s'est doté, on y a approfondi la connaissance des aspects chimiques et physiques de ce matériau, en trouvant dans la recherche plus évoluée les réponses aux caractéristiques d'un produit jusqu'alors apprécié pour sa qualité et ses performances.

 

Du point de vue chimique, la chaux hydraulique naturelle, utilisée pour la composition des enduits et des "petits bétons", est un silicate bi calcique. Ce liant particulier, de nature hydraulique, ne pâtit pas de la présence d'humidité ou d'eau dans les murs, mais en tire des éléments de prise.

 

La production du liant découle de la cuisson, à basse température, de marnes particulières extraites dans des zones géologiquement bien définies. Après la cuisson, le produit est partiellement éteint, finement moulu et pulvérisé, pour obtenir des grains extrêmement poreux de superficie spécifique élevée.

 

Le contenu de la chaux ainsi obtenue est enrichi, si nécessaire, de silicates à travers l'adjonction de pouzzolane.

 

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